Minimaliste avant le minimalisme | Du tireur à la ville | Culture

Minimaliste avant le minimalisme | Du tireur à la ville | Culture
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Casa Gaspar à Vejer, Cadix, 1992, l’une des maisons les plus connues de l’architecte Alberto Campos Baeza.1996-98 AccuSoft Inc., Très bien (Hisao Suzuki)

Alberto Campo Baeza joue très bien ses cartes. Il ne contient pas d’œuvres de première ou de deuxième catégorie. Il met le même effort à dépouiller le garde-corps d’un escalier qu’à faire en sorte qu’une double hauteur multiplie la lumière. De même si vous travaillez pour la Junta de Castilla y León en faisant des bureaux ou si vous construisez une école à Cadix ou des maisons au Mexique ou aux États-Unis. Cependant, Campo n’est pas un homme de détails ; à eux, c’est le tout : l’intersection entre la lumière et l’espace qui les affecte tous les deux. Richard Meier le résume bien : Campo Baeza a toujours été « un grand joueur ». Ainsi, quelle que soit l’échelle du domaine dans lequel elle a joué à chaque occasion : pauvreté de moyens ou excès, grande ou petite échelle, cosmopolitisme national ou international, son architecture sans maniérismes et son avant-garde sans exigences. Pour ceux qui l’habitent ses bâtiments, ils les ont amenés à travailler sur l’espace et la lumière, créant des volumes dans lesquels se prolongent l’intérieur et l’extérieur. Il est très difficile de dater vos projets. Et cela n’arrive qu’avec les classiques.

Se situer hors du temps, vivre installé en soustraction, n’est pas chose aisée. Cela implique de nombreux sacrifices : la couleur, souvent la courbe, souvent le toucher, généralement la mémoire. Mais cela ouvre aussi d’autres portes : celles du possible, du commencement, de la blancheur, de la pureté, de la simplicité, de ce qui est si difficile à atteindre.

Alberto Campo Baeza, en 2009.Yoko Kaneko (EFE)

Au-delà de sa profession, comprise presque comme une religion, un autre atout de Campo Baeza réside dans ses étudiants. Il a laissé sa marque sur de nombreux disciples comme seuls les grands maîtres savent enseigner : leur donner le départ, l’impulsion, la base de réflexion. Et grandir.

L’un d’eux, Jesús Aparicio, qui a été professeur à Columbia et à l’ETSAM, souligne que Campo est un architecte des bases : la gravité, la lumière et l’homme. L’essentiel est, dans son texte, comme dans Campo Baeza lui-même, un territoire plus luxuriant que minimaliste : de Le Corbusier au Bernin, de Barragán à Mies ven der Rohe, de sainte Thérèse d’Ávila à Aristote. Il est loin d’être temps. La digestion de ce qui précède. La pédagogie du comment faire les choses. La rigueur de bien faire, avec ce que l’on a, d’étudier et de ne pas ignorer ce qui précède. C’est la célébration de la vie et de la culture.

Maison de l’Infini. Cadix, 2014Javier Callejas

Campo le raconte-t-il à un autre de ses grands amis disciples ? : Manuel Blanco. Il explique que pour lui une œuvre vaut la peine lorsqu’elle résiste à l’épreuve du temps. Aussi quand il est reconnaissable, c’est votre idée de la mémoire d’un bâtiment. Campo parle d’œuvres qui respectent, qui rendent les gens heureux, mais aussi qui identifient un sceau, le sien.

Boîte de Grenade. Grenade, 2001.1996-98 AccuSoft Inc., Très bien (Duccio Malagamba)

Comment pourrait-il en être autrement pour celui qui a signé des pavillons, des sièges de banques, des écoles, mais surtout des maisons. Quelqu’un qui a su apprendre et écouter. Et qui a enseigné ce qu’il a appris au fil des années, un grand professeur clôt le livre de Campo Baeza. Eh bien, un grand professeur et un excellent architecte. David Chipperfield parle de son identité espagnole coexistant avec son internationalité. Le britannique Pritzker considère la Granada Box comme la grande œuvre de Field. Et, humblement, je ne peux pas être d’accord. Leurs grands emplois sont leurs maisons. Tellement soignés, célébrés, vécus, diffusés, pensés, soignés, écoutés et entretenus par leurs propriétaires.

Bureaux du Gouvernement de Castille et León à Zamora, 2012.Javier Calleja

Kenneth Frampton, l’atout de Campo Baeza, assure que, indifférent aux aléas de la mode, cet architecte a maintenu sa foi dans la pureté platonicienne pendant plus d’un demi-siècle. Analyse son évolution, la décrit comme néopalladienparfois, Loosien chez d’autres et Miésien même. Pouvez-vous en demander plus ? Frampton, qui a inclus Campo Baeza dans la première édition de son Architecture moderne Il dit qu’il attend enfin l’apéritif entre Mies et Palladio. Campo Baeza est l’hôte parfait.

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