La photographie de Bernard Plossu ou l’adrénaline de la patience

La photographie de Bernard Plossu ou l’adrénaline de la patience
La photographie de Bernard Plossu ou l’adrénaline de la patience
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VALENCE. « Pour aller vite, il faut aller lentement. » C’est le conseil qu’il donnait, lorsqu’il était petit, à Bernard Plossu son père, avec qui il a partagé ces voyages initiatiques au cours desquels, armé d’un appareil photo Kodak Brownie Flash, il a capturé ses premiers paysages. De nombreuses années se sont écoulées depuis lors, au cours desquelles Plossu s’est imposé comme l’une des grandes figures de la photographie contemporaine, en étant lauréat du Prix National de Photographie en France ou du Prix PhotoEspaña, entre autres distinctions. Avec un regard unique sur le paysage, qu’il a représenté au cours de ses nombreux voyages, son regard se tourne désormais vers des lieux comme Albarracín ou le Cap de Creus, une carte photographique qui prend forme dans l’exposition. L’Espagne en couleur fressonqui ouvre cette semaine au Centre del Carme.

Près de trois décennies après que l’Institut Valencià d’Art Moderne (IVAM) lui ait consacré une grande rétrospective, Valence lui rend à nouveau hommage, désormais avec une exposition plus intimiste dans laquelle, à travers 80 photographies, il dresse une lettre d’amour à un pays qui est un élément clé de son univers créatif et sentimental. Il le fait bien entendu avec la technique de l’impression sur papier. frisson, un procédé découvert par Théodore Henri Fresson et breveté en 1903 qui, avec un système similaire à l’impression carbone, confère aux œuvres une texture unique qui les rapproche du langage pictural, conférant aux œuvres une poétique unique. “Il a réussi quelque chose que très peu d’artistes réalisent, son propre style”, a souligné le commissaire de l’exposition. Juan Pedro Font de Moraqui a présenté l’exposition avec l’artiste et le directeur du Consorci de Museus, Nicolas Bugeda.

Le commissaire a également souligné lors de son discours la patience nécessaire pour prendre le type de photographie que réalise Plossu, un travail qui commence par une marche calme et lente, un processus qui n’est pas loin des conseils que son père lui donnait lorsqu’il était enfant et qui Cela vous permet d’écouter ce que le paysage a à vous dire au lieu de provoquer ce que vous voulez entendre. “La photographie est quelque chose de très calme et c’est un moment fou où il faut aller très vite et, pour avoir la force de cette vitesse, il faut aller lentement”, a réfléchi l’artiste lors de la présentation. Au cas où quelque distrait oublierait cette maxime, entre photographies et photographies la salle est couronnée par une phrase désormais gravée sur les murs du musée : « Respirez, regardez les plantes, sentez-les, et surtout ne les cueillez pas, marcher sans but, d’une colline à l’autre, parmi les herbes sèches dorées par le soleil et balancées par le vent, n’étant soudain nulle part.

L’exposition couvre donc certains de ces paysages espagnols qui ont surpris Plossu, une collection d’images disposées à travers un « jeu de couleurs et de formes » et non par leur emplacement, générant une histoire qui donne la priorité à la sensation visuelle, à la poétique de la scène, versus la chronologie. Ce n’est d’ailleurs pas la seule exposition dans laquelle l’artiste est actuellement en vedette et dans laquelle il voyage à travers ces «nulle part» d’Espagne, puisqu’en même temps est ouverte au Musée Picasso de Barcelone une exposition dans laquelle, en utilisant de cette même technique, trace l’empreinte du cubiste à travers différents paysages catalans, un itinéraire qui dans ce cas le mène à Cadaqués ou à Gósol.

« Peu importe le lieu, c’est le sentiment d’être en Espagne, un ravin à Albarracín, le Cap Creus en Catalogne, un poteau électrique à Huérmeda, une pharmacie peinte en vert, une vieille vitrine, un vieil appareil photo ou une porte bleue. dans une rue géométrique », explique Plossu. En ce sens, ces paysages ne sont pas si éloignés de ceux qu’il a représentés en Afrique, aux États-Unis ou au Mexique, des scénarios différents, mais dans lesquels l’artiste trouve des liens, notamment dans ces zones arides qui sont comme un aimant pour son objectif. Devant tous ces espaces, il maintient cette combinaison clé entre adrénaline et calme – “Quand je prends une photo, je cherche la surprise, on ne sait jamais ce qui va se passer” – et une dernière note: “J’ai vu Cartier- Bresson, j’ai vu Lartigue, j’ai vu Carlos Pérez Siquier jusqu’au dernier jour, ils étaient des jeunes dans l’appareil photo. Cela semble être la clé de la philosophie de la photographie.

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