Critiques : Critique de « Le meilleur est à venir » (Il sol dell’avvenire), un film de et avec Nanni Moretti

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Mathieu Amalric et Nanni Moretti.

Critique de « Le meilleur est à venir » (Il sol dell’avvenire), un film de et avec Nanni Moretti

Par Diego Batlle

Sortie le 16/05/2024

qualification

Publié le 13/05/2024

-Après plusieurs mélodrames plus classiques, le réalisateur et acteur italien revient au palmarès des comédies anarchiques et délirantes comme Palombelle rouge, Avril soit Cher quotidiennement.
-Un an après sa première mondiale en Compétition Officielle du Festival de Cannes 2023, cette satire politique au cachet bien particulier du créateur de L’alligator, la chambre du fils, Habemus Papa, Ma mère et Trois pianos.

Le meilleur est à venir (Il sol dell’avvenire,, Italie-France/2023). Réalisateur : Nanni Moretti. Avec : Nanni Moretti, Margherita Buy, Silvio Orlando, Barbora Bobulova, Mathieu Amalric, Zsolt Anger, Jerzy Stuhr, Arianna Pozzoli, Valentina Romani, Teco Celio, Elena Lietti, Flavio Furno. Scénario : Francesca Marciano, Nanni Moretti, Federica Pontremoli et Valia Santella. Photographie : Michele D’Attanasio. Édition : Clélio Bénévent. Musique : Franco Piersanti. Distributeur : CDI Films. Durée : 95 minutes. Adapté à tout public (avec légendes). Salles (première semaine) : 16 (Cine Lorca, Cinépolis Houssay, Cinépolis Recoleta, Cinépolis Pilar, Atlas Patio Bulrich, Atlas Nordelta, Belgrano Multiplex, Cinemark Palermo, Cine Arte Cacodelphia, Showcase Belgrano, Showcase Córdoba, Showcase Norte, Cinema Paradiso de La Plata, Cines del Centro de Rosario, Cine América de Santa Fe et Cine Arte de Córdoba).

Un cirque hongrois qui arrive en 1956 dans une banlieue de Rome en plein soulèvement social contre le stalinisme dans ce pays. Les internes du Parti communiste italien et du journal L’Unitá de l’époque. Le mariage entre un réalisateur (Moretti lui-même) et une productrice (Margherita Buy) qui se termine après 40 ans et la romance que leur fille, Emma (Valentina Romani), commence avec un homme beaucoup plus âgé (Jerzy Stuhr). Un financier français (Mathieu Almaric) emprisonné pour escroquerie. Le tournage du film réalisé par Moretti et les interventions de Nanni dans un autre film d’action tourné par un jeune cinéaste. De nombreuses chansons populaires italiennes (Franco Battiato, Luigi Tenco, Fabrizio De André), et plusieurs moments de chant et de danse à la manière d’embrassons le genre musical sans préjugés. Fragments de films (Lolade Jacques Demy ; Dolce Vitade Federico Fellini) et des références cinéphiles (ses profondes différences avec la méthode de John Cassavetes ; son amour pour les frères Taviani ; tu ne tueras pasde Krzysztof Kieslowski ; La meute humainepar Arthur Penn Les Blues Brothers / Les frères Caradura). Longues séances de thérapie. Lui nageant dans une piscine et tapant dans un ballon… La liste pourrait s’allonger car Le sol de l’avenir C’est une accumulation de vignettes, une succession de personnages et de conflits, des changements de registre, des sauts dans le temps, du cinéma dans le cinéma aux studios de Cinecittà. Oh, et il faut mentionner une rencontre que le protagoniste a avec les dirigeants de Netflix (scène hilarante, l’une des meilleures de Cannes 2023) au cours de laquelle ils répètent encore et encore que la plateforme est disponible dans 190 pays, ils lui parlent l’arc narratif, des points de rupture et des moments WTF (What The Fuck). Nanni contre l’empire des algorithmes.

Comme on peut le sentir seulement après avoir lu ce long premier paragraphe, nous sommes en présence d’un film dérivé, inconfortable, un peu désordonné, mais en même temps toujours audacieux, sans préjugés, sans crainte du ridicule (et à plusieurs moments c’est très proche d’y tomber). Vu sous un angle interrogateur, ses détracteurs diront que Le meilleur est à venir C’est un film dans lequel un Moretti plus âgé veut revenir à la réalisation des films qu’il a réalisés quand il était jeune. D’un point de vue plus optimiste, c’est l’œuvre d’un homme mûr qui continue de tout remettre en question, qui prend des risques dans chaque scène, qui cherche constamment à appliquer de nouvelles idées même s’il ne se sent visiblement pas complètement à l’aise avec plusieurs d’entre elles.

Désormais sans Vespa mais en parcourant Rome sur un skateboard électrique avec le personnage d’Amalric, Le meilleur est à venir Il fait réfléchir Moretti sur le communisme italien d’hier et d’aujourd’hui, sa libération lorsqu’il a rompu avec le stalinisme soviétique, ses apports mais aussi l’homophobie ou les dogmes qui l’ont longtemps marqué. Aussi, comme tant de fois, parler de l’éthique et de l’esthétique du cinéma contemporain et de la mort d’un type de films qu’il crée depuis longtemps (il se demande s’il faut attendre cinq ans pour faire un nouveau long métrage) .

Qu’il est trop égocentrique, autoréférentiel, auto-parodique et/ou condescendant, qu’il est parfois redondant et souligné, que Moretti chante mal et danse moins bien, qu’il est déjà trop vieux pour certains caprices et crises de colère plus typiques d’adolescent… C’est possible, mais il y a quelque chose de l’honnêteté brutale de Moretti qui reste rare à revendiquer dans le contexte d’un cinéma contemporain où il n’y a presque plus d’auteurs qui écrivent, filment et disent leurs idées sans s’inquiéter. sur ce qu’ils diront, en s’exposant, en mettant le corps et la voix. Une attitude de persévérance et de résistance qui, dans bien des cas, est émouvante.


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