Le travail impressionnant de Marisa Abela ne sauve pas le triste mythe d’Amy Winehouse (**)

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Malgré ses louables intentions d’échapper au bruit et à la polémique, la proposition de Sam Taylor-Johnson reste à mi-chemin entre mélodrame et propagande.

“Si j’avais pu, je lui aurais dit que son cadeau est trop important pour être gaspillé.” L’expression est de Tony Bennett et n’est pas entendue dans “Retour au noir” mais à la fin du documentaire d’Asif Kapadia de 2015′Amy (La fille derrière le nom)’. Il semblerait que les deux films fonctionnent comme les deux faces (ou, mieux, les croix) d’un même sacrifice. Le film qui sort actuellement veut sauver de la saleté et du bruit le talent pur auquel le crooner. Les travaux précédents se sont plutôt concentrés sur la manière dont cette pourriture a mis fin précisément à ce don. En réalité, il est tout aussi exagéré d’accuser le premier d’être sensationnaliste que le second d’être mou ou étranger à la réalité. La bonne chose à faire, en raison de l’équidistance toujours aussi délicate, serait sans doute de contempler côte à côte fiction et documentaire.

Retour au noir’ Il s’agit d’une tentative méritoire non pas tant de sanctification que d’humanisation de la légende ; un essai réalisé par une miraculeuse appelée Marisa Abela. Et c’est bien, louable et même complètement étranger à la volonté insistante de tout ce qui nous entoure (presse, réseaux sociaux et toute autre excroissance culturelle) de se plonger dans la question des excréments. Cependant, le travail aussi calculé que redoutable Sam Taylor Johnson Il se montre à tout moment incapable de construire à partir du mélodrame le plus classique (c’est là qu’il met le pied) un récit qui transcende la simple anecdote. Malgré l’effort que le film démontre à chaque instant pour construire une sorte de mythe sur la passion dans lequel la dépendance (qu’elle soit aux drogues illégales, à l’alcool légal ou à l’amour le plus fondamental) détruit tout, la volonté permanente de ne pas déranger, de ne pas blesser, Le fait de fuir la controverse désactive toute impulsion dramatique.

Le film, en effet, loin de découvrir ou de discuter quoi que ce soit, se limite à suivre avec lassitude la partie la plus connue de la biographie toujours tumultueuse de l’artiste décédé à l’âge de 27 ans (comme Brian Jones, Jimi Hendrix, Janis Joplin, Jim Morrison, Jean-Michel Basquiat et Kurt Cobain). L’idée est de compléter un arc qui commence avec son obsession précoce pour le jazz à contre-courant de la mode, se poursuit avec son amour pour sa grand-mère et ses duos familiaux avec son père, passe par la toxicité excessive de son petit ami Blake Fielder et ses premiers pas. à travers les contradictions d’une industrie toujours vorace, jusqu’à atteindre la pluie de Grammy Awards et de gloire. A aucun moment on n’a l’intention de réfléchir sur le vertige des abîmes (disons-le ainsi) qui accompagne toujours le radicalisme d’un artiste radical, et encore moins sur le prix à payer pour la gloire. Maintenant, ce qui est intéressant, c’est le portrait d’un archétype amoureux et ses conséquences désastreuses. Mais, comme on l’a déjà dit, la tentative, sans impulsion, n’est qu’une répétition. Il y a un manque de culot, il y a beaucoup de lieux communs et il manque un peu plus de volonté combative. Biopic fade’bioagréable‘.

Ce qui reste en sécurité de la première à la dernière image est l’œuvre de Marisa Abela. L’actrice ne s’approprie pas seulement la voix, mais s’approprie aussi les gestes, les doutes, le regard et ce triste sourire brisé. Il ne s’agit pas d’une imitation ou d’une récréation. Son travail s’apparente davantage à la réincarnation. Durant les premières minutes du film, le spectateur est invité à interroger ses souvenirs, à comparer ce qui reste dans sa mémoire avec ce qu’il voit. Et ainsi de suite jusqu’à ce qu’au bout d’un moment tout s’emboîte sans fracture. Ou, mieux, c’est la fracture. Un cadeau, comme le film lui-même peut-être, gâché.

adresse: Sam Taylor-Johnson. Interprètes: Marisa Abela, Ryan O’Doherty, Jack O’Connell, Lesley Manville, Eddie Marsan. Durée: 122 minutes. Nationalité: Royaume-Uni.

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