Ester Vallejo et les livres jaunes

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Les vieux livres jaunissent. Et les nouveautés, lorsqu’elles sont jaunes, miroir, elles se démarquent des autres sur la table des nouveautés. Ainsi, d’une certaine manière, tradition et modernité bibliographique se rejoignent dans la couleur jaune. Le mot de passe d’Amarillo Editora, le label qu’Ester Vallejo a fondé en 2022, après 25 ans en tant que libraire. Une spécialité : les grands livres épuisés des XIXe et XXe siècles. Et une démangeaison : satisfaire au maximum l’expérience de lecture. Quelque chose de plus que d’acheter un livre. Quelque chose de plus que de le lire. Même si ni son père (chimiste) ni sa mère (secrétaire) ne faisaient partie de la guilde, dans sa maison, lorsqu’elle était enfant, les livres ne manquaient jamais.

Plus encore : chaque fois qu’elle venait lui rendre visite, sa grand-mère maternelle venait toujours avec une histoire, une bande dessinée ou un livre… et une brioche. Nourrir le Romain à parts égales, hommes et corps. Ainsi, dans la profonde mémoire littéraire d’Ester, il y a à la fois Mortadelo, Filemón et Gloria Fuertes, avec ses poèmes pour enfants. Puis vint El Barco de Vapor, la collection illustrée de Bruguera, qui appartenait à son père, et beaucoup d’Agatha Christie… jusqu’à ce qu’à l’école il soit vraiment accro aux classiques (“Le Comte Lucanor”, “La celestina”, le ” Lazarillo’…) espagnol, et, au-delà, français, à commencer par « Les Misérables », de Victor Hugo.

Avant d’être éditrice, et avant même d’être libraire, Ester Vallejo voulait être bibliothécaire. En fait, il a étudié la bibliothéconomie et la documentation, même s’il n’a pas exercé au-delà des stages. Après une série d’emplois « de transition », notamment celui de vendeur d’encyclopédies de psychologie (toujours les livres), il commence à vingt-cinq ans à travailler chez Lex Nova, la maison d’édition de Valladolid, dans sa librairie de Madrid. Toute la documentation juridique du monde, mais il existe également un manque croissant de littérature et d’essais. Ce que réclamaient les habitants du quartier, dit-il.

Soyez conscient de la vraie valeur des livres. De la paternité aux libraires, éditeurs, designers…

Longue expérience pour prendre conscience de la vraie valeur des livres. De la paternité aux rayons des librairies, en passant par les éditeurs, les designers, les imprimeurs… Ainsi, en 2022, lorsqu’il a été démontré que même la pandémie ne pouvait pas mettre fin au moment de croissance de la lecture et de la vente de livres sur papier (bien au contraire), il a décidé de publier le premier livre du catalogue Amarillo Editora : « Noche », d’Alejandro Sawa.

Après lui, des livres en espagnol, bien annotés et soigneusement édités à l’extrême, et, à partir de cette année, aussi des traductions : les deux premiers, cet automne, « La fille qui jouait à être Dieu », du roumain Dan Lungu, et « Les comédiens terrifiaient les guerriers», de l’Italien Stefano Benni, publié en Espagne dans les années 80 et interrompu presque immédiatement.

Dans sa conception du soin de l’édition, Ester Vallejo ne pense surtout pas au goût de l’éditeur, mais avant tout à l’expérience du lecteur. Ni ces éditions anciennes, pour beaucoup si “inconfortables”, ni ces autres éditions plus modernes des années 90, si sobres, avec à peine le texte de l’auteur et rien de plus. Pour lire aujourd’hui « Cocuyo » de Severo Sarduy, par exemple, un lecteur non cubain appréciera sans aucun doute une bonne note de bas de page qui explique certains des mots et expressions profondément locaux qu’il utilise.

C’est la même chose que de lire « La gota de agua », du Mexicain Vicente Leñero. Une expérience qui inclut de bonnes marges de page et des gros caractères. Pour tous les publics, pas seulement pour les rats de bibliothèque.

Et aussi fondamental que les notes, sans aucun doute, le soin apporté à la traduction, son adaptation au texte original et son approche du langage actuel. Et les corrections : le travail de l’ombre de ces orthographes qui fait la différence entre un livre bien tenu et un livre négligé. Il n’y a pas de petit chemin, dit-il, entre l’auteur et le lecteur. Au milieu de la clameur des prophètes de malheur qui annoncent depuis plus de vingt ans la fin de la lettre imprimée, comment peut-on encourager quelqu’un à ouvrir une nouvelle maison d’édition dans la deuxième décennie du XXIe siècle ? Eh bien, la réponse ne réside pas dans les éditeurs, mais dans les lecteurs : chez les anciens lecteurs, qui ont redoublé d’amour pour les livres après avoir appris à les valoriser dans les pires moments de la pandémie.

Mais aussi chez les nouveaux lecteurs, qui se lassent des écrans et commencent chaque jour à choisir le lièvre du réel plutôt que le chat du virtuel. Et surtout chez les enfants, qui continuent de nourrir la légion de followers, de fans, qui possèdent des livres papier partout dans le monde. Livres jaunes pour personnes âgées, avec leur valeur historique. Ou jaune pour les nouveaux, avec leur montage soigné. Le fait est que ce sont des livres.

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