La controverse sur le taux de change de référence (informel) à Cuba

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Par Juan Palop |

La Havane (EFE).- L’effondrement du peso cubain sur le marché informel et ses récents hauts et bas ont déclenché des doutes dans la population et une campagne dans les médias officiels contre le journal numérique indépendant El Toque, qui publie le taux de change devenu en référence dans la rue.

La campagne médiatique s’est intensifiée alors que le dollar s’est rapidement rapproché des 400 pesos, mais ces derniers jours, la monnaie cubaine s’est fortement appréciée, générant l’incompréhension des citoyens.

Photographie montrant des personnes montrant des billets en euros et en pesos cubains, le 11 mai 2024 à La Havane (Cuba). EFE/Ernesto Mastrascusa

Les attaques dénoncent le fait que la dépréciation des derniers mois est artificielle, intentionnelle et politiquement motivée. Ils parlent même de « terrorisme financier ». El Toque, affirment ces médias sans fournir de preuves, est un « homme de tête de la guerre économique de Washington » et fait partie d’une stratégie qui favorise une explosion sociale à Cuba cet été.

Le scepticisme est répandu parmi les Cubains ordinaires. Pour beaucoup, qui ont besoin d’acheter des devises avec leurs maigres pesos pour gérer leur vie quotidienne dans une économie de plus en plus dollarisée, le taux est le miroir de l’effondrement de leur pouvoir d’achat.

El Toque nie toute motivation politique

Le rédacteur en chef d’El Toque, José Jasán Nieves, nie à EFE toute motivation politique et considère que les milieux officiels les utilisent comme un « bouc émissaire » pour éviter d’assumer leurs responsabilités dans la crise du pays ou d’entreprendre les réformes nécessaires.

« Nous n’avons aucun lien avec une quelconque conspiration, sous quelque nom que ce soit, sous quelque signe politique que ce soit. Notre travail est d’informer », explique Nieves, qui a quitté Cuba en 2019 parce qu’il estimait qu’il n’était pas « sûr » pour lui de continuer à exercer le journalisme sur l’île.

Il suppose que les mécanismes permettant d’établir le taux de change et les concepts théoriques qui le soutiennent sont complexes. En outre, le taux n’est peut-être pas parfait, même s’il souligne qu’il reflète la forte détérioration de l’économie.

Photographie montrant une femme vendant du vin et du vinaigre lors d’une foire de rue, le 11 mai 2024 à La Havane, Cuba. EFE/Ernesto Mastrascusa

La combinaison de la pandémie, du renforcement des sanctions américaines et des erreurs des politiques nationales a aggravé les problèmes structurels de l’économie cubaine.

Le produit intérieur brut (PIB) a clôturé l’année 2023 en dessous de celui de 2019. L’inflation formelle, qui en 2021 dépassait 77 %, est depuis supérieure à 30 %. Le gouvernement prévoit un déficit budgétaire de 18,5% en 2024.

Dans la rue, cela se traduit par une pénurie de biens de première nécessité, des coupures de courant, un manque d’argent liquide, un désespoir et une vague migratoire sans précédent.

Cependant, depuis 2022, le taux officiel est de un dollar pour 24 pesos pour les personnes morales et de un dollar pour 120 pour les particuliers.

Un algorithme pour suivre le taux de changement

El Toque explique qu’avec un algorithme, sans intervention humaine, il suit les annonces d’achat et de vente de devises sur les forums et les réseaux sociaux – il y en avait 2 695 ce mercredi – et filtre les valeurs anormales et extrêmes. Le célèbre économiste cubain Pavel Vidal supervise le processus.

EFE a consulté cinq autres économistes cubains et tous considèrent la méthode fiable, bien qu’avec des limites (telles que la collecte de la valeur des offres et non des transactions finales, ou l’utilisation de la médiane et non du mode comme taux).

Deux estiment que l’indicateur n’influence pas le marché, tandis que deux autres estiment qu’il affecte les attentes. Plusieurs soulignent le manque d’information qu’il comble et la majorité souligne que la dépréciation du peso s’explique par les problèmes structurels du pays.

L'effondrement du poids de Cuba sur le marché informel et ses récents hauts et bas ont semé le doute au sein de la population.
Photographie montrant des gens faisant la queue pour acheter des paquets de poulet, le 11 mai 2024 à La Havane (Cuba). EFE/Ernesto Mastrascusa

Nieves parle d’un « feedback » entre le marché et l’indicateur car le taux est devenu la référence. Cependant, affirme-t-il, si cela était loin d’être perçu par la population, « ils n’y prêteraient pas attention ».

Concernant les attentats, il estime que « l’appareil de propagande et de sécurité cubain » « confond et ment ». Il souligne que les attaques ont commencé lorsque le taux est devenu une référence et qu’en 2022 une « campagne répressive » s’est terminée avec son équipe sur l’île.

Selon Nieves, « 50 % de son financement » provient de fondations, principalement américaines et européennes, mais il souligne qu’« aucun financement ne conditionne la ligne éditoriale » et « encore moins la gestion du taux de change ».

Il précise que même si elle reçoit beaucoup de trafic en raison du tarif, El Toque n’a pas de « dépendance économique » de ces visites car 70 % viennent de Cuba et l’île, en raison des sanctions américaines, « ne monétise pas sur les plateformes internationales. »

EFE a demandé au gouvernement cubain une position officielle, mais après une semaine, elle n’a pas reçu de réponse.

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