La tentative réparatrice et une nouvelle Europe qui anticipe Donald Trump

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La direction de la droite française vient de limoger son président pour avoir réclamé une alliance avec le groupe d’extrême droite de Marine Le Pen. Un tel pacte a été répudié par la classe politique locale depuis la défaite du nazisme avec le nom hygiénique de « cordon sanitaire »». Peu de temps après, au milieu de frictions avec ses alliés, l’Italie a réussi à supprimer une référence au droit à l’avortement dans le document final du G7. Le sujet était surprenant car il s’agit d’un sujet sans rapport avec les sommets de ce type.

Les deux épisodes semblent plus que quelques anecdotes. Ils apparaissent dans le débat ouvert en Europe, fondé sur les différences entre le libéralisme classique et les nouvelles forces extrémistes qui ont progressé avec vigueur lors des récentes élections au Parlement bruxellois.

Ce progrès s’apprécie mieux sous la majesté des chiffres. En France, le lepénisme, qui s’efforce de dissimuler son histoire d’approbation du nazisme, a gagné dans 96 des 94 départements électoraux, à l’exception de Paris et de sa banlieue. En Allemagne, Alternative für Deutschland (AfD), qui prône la nostalgie du Troisième Reich avec des positions racistes, a dépassé les 30 % des voix dans plusieurs régions du pays. Alarmé, le magazine Le Spiegel Il a soutenu dans un éditorial que ce parti « constitue une menace sérieuse pour notre démocratie ».

Ces données n’impliquent toutefois pas que l’Union européenne prendra un tournant immédiat dans sa politique. L’alliance de centre-droit continuera de diriger en conservant sa majorité. Mais ils montrent, d’un autre côté, que la démographie électorale évolue et qu’un certain poids se développe en Europe. Supposer que cette extrême droite émergente n’est qu’un déclin supplémentaire du conservatisme classique équivaut à ne pas distinguer qui est qui : Lorsque les différences s’annulent, tous les chats sont bruns.

Rejet. Des Français dans les rues de Paris lors d’une marche pour les récentes élections européennes (Bloomberg).

D’un point de vue idéologique large, avec des variations de cas dans chaque pays, l’extrémisme a historiquement rejeté les valeurs de la Révolution française que défend la droite libérale. L’affrontement ne date pas d’aujourd’hui, mais commence à prendre forme au XIXe siècle avec une vive polémique entre Alexis de Tocqueville, emblème du libéralisme, et son ami et conseiller Arthur de Gobineau, l’un des premiers à soutenir la suprématie des races. . basé sur un livre célèbre sur le sujet qui a suscité une forte controverse à l’époque. La différence raciale, le fondamentalisme religieux, le rejet de « l’étrange » apparaissaient déjà clairement dans ces disputes.

Comme dans cet extrémisme naissant, Il défend également désormais un programme réparateur, pour la défense de son propre patrimoine qui doit être sauvé. Pour ce secteur, restaurer signifie, par exemple, revenir à l’État-nation et affaiblir une structure supraétatique comme l’UE, son antithèse ; affronter la mondialisation et ses effets avec la fermeture des frontières et le rejet de la migration qui dégrade l’emploi local ; s’opposer aux processus d’évolution culturelle (avortement, LGBT, discours de genre) ; torpiller les pactes contre le changement climatique en rejet d’une science prétendument accaparée par des intérêts.

Gagnant Marine Le Pen, leader du groupe d’extrême droite Rassemblement national (Reuters).

La guerre en Ukraine apparaît comme un autre ingrédient du soutien des ultras au nationalisme de Poutine, qui a également justifié l’invasion comme une tentative de restaurer le passé impérial russe.

Du point de vue politique quotidien, tout cet agenda s’incarne dans une critique générale de Bruxelles pour son excès de bureaucratie, son verticalisme et sa surdité aux revendications spécifiques des secteurs productifs qui se sentent ignorés et déplacés.

Bien sûr, il y a des nuances et ces courants ne s’expriment pas de la même manière dans tous les pays. Mais le tableau général est néanmoins sans précédent, encore aggravé par la montée du vote radical dans les pays fondateurs de l’Union européenne. Depuis ce bloc, il y a trois pays à surveiller. L’Allemagne, marquée par la mémoire de l’Holocauste, doit résoudre la contradiction entre ce passé et l’émergence de l’AfD comme deuxième parti du pays.

L’Italie, quant à elle, dispose désormais du gouvernement le plus stable parmi les grands gouvernements d’Europe. La Première ministre Giorgia Meloni, qui fait preuve d’un talent politique remarquable, est une eurosceptique d’origine qui doit nécessairement diriger un pays pro-européen.

Dans cette tentative, il a répété efficacement un processus de « normalisation » qui dilue ses liens avec le néofascisme et le rapproche tactiquement, même avec des ambiguïtés, du cœur du pouvoir européen aux côtés de ses collègues du libéralisme traditionnel. Pour ce faire, il suit les enseignements de Berlusconi, le premier à rassembler toute la droite sous sa main, faisant taire les divergences.

En France, où presque tout le monde, à gauche comme à droite, se prétend héritier de De Gaulle, la situation est plus compliquée. La synthèse qui représentait l’idéologie du général, avec le « cordon sanitaire » pour contenir l’extrême droite, a été brisée dans les urnes.

La cheffe. Giorgia Meloni, la première ministre italienne, lors d'une annonce lors du sommet du G7 dans le sud du pays (Bloomberg).La cheffe. Giorgia Meloni, la première ministre italienne, lors d’une annonce lors du sommet du G7 dans le sud du pays (Bloomberg).

Au cours de ces années, le parti de Marine Le Pen s’est démarqué de l’antisémitisme de son fondateur et a transformé la colère des électeurs en consensus, tandis que ses rivaux sur le front républicain s’affaiblissaient. La presse française n’exclut pas un pacte avec Melonimême si les élections nationales de juin restent un mystère.

Dans certains secteurs de Washington, ce scénario est perçu avec crainte. Charles Kupchan, ancien conseiller de Barack Obama pour l’Europe, a déclaré au journal La république que « l’érosion du contrat social de l’ère industrielle est en cours ». Selon ses critères, « il existe une similitude dangereuse entre la démographie des années 20 et 30 qui soutenait le fascisme et le nazisme, en particulier la classe moyenne et ouvrière, avec ceux qui votent aujourd’hui pour l’extrême droite ».

En fin de compte, il s’agit d’un diagnostic qui relie la situation européenne à ce qui se passe aux États-Unis. Le journal italien a utilisé une phrase suggestive du conseiller d’Obama pour titrer l’article : « L’Europe anticipe Trump. »

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