Pariez sur la vie avec les mots de Tucumán

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Pariez sur la vie avec les mots de Tucumán
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Le mystère de la beauté au-delà des épines. Par Gabriela Duguech pour LA GACETA.

POÉSIE : OFFRANT

SANDRA BULACIO (Vleer – Tucumán)

Sandra Bulacio plante son premier recueil de poèmes Ofrenda dans la scène de Tucumán avec la foi de quelqu’un qui plante un rosier, attendant de voir fleurir le mystère de la beauté au-delà des épines. Il dit dans le poème « La Rose » : Ma chambre / humide, sombre / Je marchais en rond, / rebondissait dans l’existence / la lumière de la rose m’offrait la résurrection.

Le poète parie sur la vie. Cette vie humaine qui va dans la nature pour respirer à nouveau et retrouver les mots, tantôt simples, tantôt surprenants, de sa poésie. Aussi nos mots comme pirquinera, Timbó, rivière Noque, ville de Leales, Yungas qui font résonner le « vert colossal » où la grand-mère revient s’enfermer dans sa culpabilité ou le poète trouve le rythme de sa liberté créatrice. On lit dans le poème « Respire » : Je regarde les couleurs dans la yunga / Je me rachète / et je peux respirer / les bras levés j’atteins ce troupeau de perroquets / Dans le vert colossal / J’erre comme un fantôme sur la montagne / et je suis libre.

L’hommage au grand portraitiste de l’âme humaine, Fiodor Dostoïevski, que Bulacio travaille dans ses ateliers, est tissé dans des poèmes tels que « Dédicatoire », « Éole », « Impressions », et est choquant dans le poème « Destierro » : En exil / les toiles défilent calmement et tranquillement. / La justice n’a pas encore restauré ma dignité / et exproprie mon âme. / Patrie inconnue / de murs gris / ne reste pas / dans ma vie.

L’anthropologue Claude Lévi-Strauss rappelle que pour les personnes et les enfants, donner et offrir est aussi important que recevoir. Dans cet échange de dons, notre condition humaine porte ses fruits, qui se détache ainsi de la pure matérialité de la survie. En ces temps incertains du monde, proposer de la poésie comme le fait Sandra Bulacio renouvelle cette dimension essentielle de nos liens qui, comme le dit le poète, « fusionne l’auteur avec le lecteur ».

© LA GAZETTE

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